L’été dernier a été marqué par le lancement de notre campagne « Le Premier été de la Flèche ». Durant tout l’été nous avons reçu de nombreux visiteurs tandis que le forgeron taillandier et le compagnon tailleur de pierre effectuaient des recherches quant aux outils et matériaux nécessaires au remontage de la flèche. Cette phase dite de « préfiguration » a pris fin à l’automne et un premier bilan peut être établi. 

De juin à octobre 2019 ont débuté les premiers ateliers de présentation des métiers évoluant sur un chantier médiéval. Ainsi Frédéric Thibault, tailleur de pierre, et Mathieu Bonnemaison, forgeron, ont occupé deux loges sur la rotonde des Valois. 

zAu-delà de l’aspect pédagogique de ces loges, nos deux artisans travaillaient en continu à la recherche des outils et matériaux les plus proches de ceux utilisés lors de la construction de la flèche au XIIe siècles. Ciseaux, broches, tenailles et tranchants ont été confectionnés par le forgeron. De la même manière, Frédéric Thibault s’attachait à comparer des éléments taillés issus de la flèche originale à des blocs de plusieurs carrières locales. Toutes ces recherches ont pour objectif d’être opérationnel dès le jour d’ouverture du chantier.  

Les outils de la flèche 

L’ambition de remontage de la flèche avec des techniques médiévales implique un gros travail en amont. Un des éléments fondamentaux est la création des outils, particulièrement ceux utiles à la taille de pierre. Pour leur fabrication, Mathieu Bonnemaison, taillandier de formation (forgeron spécialisé dans la fabrication d’outils tranchants) a utilisé un acier proche de celui employé durant la période médiévale, tolérant et facilement réparable (Acier XC70 à 0,7% de carbone).  

Initiés par les coups de masse précis du forgeron, les outils quittaient la forge pour rejoindre la loge du tailleur de pierre. Ces outils dont les techniques de fabrication sont connues depuis l’antiquité ont peu évolué au fil du temps, mais doivent tout de même être similaires aux traces d’outillage observées sur les pierres originales du XIIe siècle.  

Vue du pic taillant forgé par Mathieu Bonnemaison

Un autre aspect de la recherche repose sur l’archéologie expérimentale. Différentes pistes restent à explorer et c’est le cas d’un outil dont la fabrication a presque disparu : le pic taillant. Connu par l’image et l’enluminure, le forgeron a souhaité confectionner cet outil afin d’en connaitre ses qualités et limites. Le long travail de fabrication de l’outil a permis d’effectuer des constats quant à son utilisation par le tailleur de pierre.  

Les recherches sur la pierre de taille 

Le second élément primordial avant le début du chantier est d’établir la ou les carrières de pierres qui l’approvisionneront. Pour cela, Frédéric Thibault a pu s’appuyer sur l’aide de l’Unité d’Archéologie de Saint-Denis qui lui a fourni des éléments de la flèche en pierre taillée datant du XIIe siècle. Basé sur son observation et sa maitrise du sujet, le tailleur de pierre a pu tirer des premières conclusions sur les outils utilisés et la dureté de la pierre. 

Tous ces grands chantiers du moyen-âge du nord de la France utilisaient une pierre appelée « calcaire lutécien ». Les carrières utilisées alors ayant presque toutes disparues, la recherche d’une pierre similaire à celle de la basilique demande de comparer les pierres issues des carrières toujours en activité. Ainsi, en prenant contact avec ces carrières du bassin du lutécien, nous avons pu tester des blocs provenant de Bonneuil-en-Valois et de Saint-Maximin dans l’Oise et de la Croix-Huyart dans l’Aisne. L’étude de ces pierres a permis notamment de constater que la taille manuelle d’un élément donné était 10 fois plus longue pour la pierre de la Croix-Huyart, très dure et très dense, comparé à celle de Bonneuil plus tendre. 

Bloc de pierre de Bonneuil-en-Valois taillé par Frédéric Thibault

Ainsi fort de l’expérience de ce premier été sur les loges au pied de la basilique nous avons, en plus d’avoir la joie d’accueillir un public nombreux, pu avancer sur les questions techniques liées au chantier et à son activité afin de respecter les conditions de construction que nous nous sommes fixés.


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